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Souvent confondus, design d’interaction (acronyme : IxD) et expérience utilisateur (acronyme : UX) constituent de nouveaux champs d’application du design qui ont puisé dans le potentiel offert par les technologies numériques. Le design d’interaction est loin d’être une pratique embryonnaire en France et mérite le statut de métier à part entière. Il est bien davantage que la somme des compétences en design industriel et en design d’interfaces et que « l’équivalent du design industriel mais dans le domaine du logiciel », pour reprendre son inventeur, Bill Moggridge. Le designer d’interaction conçoit des produits et des services numériques. Sa démarche consiste à définir la façon dont les personnes, les produits et les services dialoguent. Il imagine la forme et le comportement d’objets, d’interfaces ou d’environnements numériques.

Des acteurs pluriels et en pointe

Les acteurs qui se revendiquent du design d’interaction en France constituent un groupe encore réduit à l’échelle du champ du design mais une réelle dynamique s’est constituée. A partir du milieu des années 2000, le design d’interaction a commencé à être visible en France, principalement sous l’impulsion d’un petit groupe d’acteurs, entreprises, start-ups et écoles de design. Alors que le champ du design s’est construit en France autour d’un « design d’auteur », le design d’interaction illustre à petite échelle une multitude d’initiatives menées par des agences et des entreprises pionnières, des écoles, parfois de la recherche et des organismes de promotion (APCI, *designers interactifs*, Cap Digital, Numa ou encore la French Tech).

Plusieurs types d’acteurs revendiquent leur appartenance au champ du design d’interaction en France : des agences de design — essentiellement de petites structures – (No Design, Attoma, idsl, Volumique…), des studios de design intégrés (EDF R&D) et des établissements d’enseignement (Ensci, EDNA, Strate, Ensam ParisTech).

Les domaines d’application du design d’interaction

Le design d’interaction est adopté aujourd’hui par des domaines d’activité qui cherchent des leviers d’innovations à travers de nouveaux usages et de nouvelles technologies. Les secteurs d’activité économiques qui ont témoigné un véritable intérêt pour le design d’interaction sont l’énergie, l’industrie (automobile, électronique, pharmacie & cosmétique, aéronautique, ferroviaire, navale, systèmes de défense…) et les services (banque et assurance, enseignement, tourisme, transports, télécommunications, commerce, santé).

Dans le projet de livre blanc intitulé « Préparer la révolution de l’internet des objets », l’ARCEP distingue plusieurs marchés porteurs : les territoires dits « intelligents », le bâtiment connecté, l’industrie du futur (l’utilisation de l’internet des objets au service des moyens de production), le véhicule connecté, la santé connectée ou encore l’entreprise agricole.

En France, les entreprises en demande de prestations de design d’interaction sont à la fois des start-ups, des PME et de plus en plus des grands groupes. Pour les start-ups et les PME (Withings, Netatmo, Parrot, Sense), ce sont les promesses des usages suscités par le produit lui-même qui conduisent à la démarche de design d’interaction. L’écosystème des start-ups issues des technologies numériques témoigne ainsi d’une diversité surprenante de produits et de services.

Dans les grands groupes (PSA, EDF, La Poste, Legrand, Orange), le design d’interaction est souvent utilisé pour mener des projets prospectifs (R&D) ou incarner la stratégie d’innovation. Ces dernières années, leurss thématiques de travail se sont diversifiées et leurs besoins se sont intensifiés.

Pourtant, il faut reconnaître que nous disposons d’une connaissance encore très limitée des besoins des entreprises en compétences de design d’interaction.

Une offre protéiforme de design d’interaction

L’offre de design d’interaction en France est disponible à une échelle réduite mais avec des expertises très en pointe. L’offre des agences est articulée essentiellement autour du prototypage, de la réalisation, de projets de R&D et… de la sensibilisation au design.

Il est assez difficile de dégager un fil conducteur entre la vingtaine de structures que nous avons identifiées. Tant par les problématiques qu’elles traitent que par leur modèle, elles ont toutes développé un périmètre d’activité et une identité originale. La France n’a pas produit de leader en termes d’offres de design d’interaction, avec des enseignes équivalentes à Cooper, Frog ou IDEO, même si une structure comme Attoma dispose désormais d’un rayonnement européen (Paris, Berlin, Milan).

Les structures françaises ont repris à leur compte la multidisciplinarité : recherche, science, art, ingénierie, sciences et humaines et sociales sont tour à tour mobilisés dans les projets de design d’interaction.

Le rôle primordial des écoles

Les acteurs de la formation au design d’interaction en France ont joué un rôle moteur dans l’émergence de la discipline. Nous pensons notamment au travail déterminant de Jean-Louis Frechin à l’Ensci, avec l’Atelier de design d’interaction. Une grande partie des spécificités françaises dans ce domaine sont dues à la qualité des projets pédagogiques « fondateurs ». A Strate, Dominique Sciamma a interrogé le design d’interaction de façon critique. Avec Etienne Mineur, à l’Ensad, ils ont donné une impulsion très particulière au design d’interaction français. Mais cet enseignement est le fruit de l’hybridation de cultures très différentes, comme le rappelle Jean-Louis Frechin :

« Notre enseignement s’appuie sur trois généalogies fortes : les beaux-arts, devenus arts plastiques, les écoles d’arts et métiers et d’arts décoratifs, devenues écoles d’arts appliqués, parfois regroupés sous la dénomination « art et design ». »[1]

Un autre aspect est l’apparition de la recherche académique en design d’interaction. Depuis 2010, les écoles de design comme l’Ensci, L’École de design de Nantes ou Strate ont lancé des programmes de recherche sur le design d’interaction. L’activité de recherche de l’Ensci, à travers Paris Design Lab, est un espace de réflexion et de projets qui portent sur le design des données, les interactions numériques, l’innovation sociale, la fabrication numérique, les nouveaux modes de production etc.

Les axes de recherche à Strate sont articulés autour des objets technologiques, de l’économie durable et du management de l’innovation par le design.

Le laboratoire Readi, créé en 2011 par l’École de design de Nantes, travaille notamment sur les interfaces tangibles, la réalité virtuelle et sur les environnements connectés.

De son côté, L’INRIA a développé différents groupes de recherche en pointe sur les techniques d’interaction.

L’Ensam (Arts et métiers ParisTech) a développé un cursus de recherche en design d’interaction qui s’est fixé pour objectifs de réfléchir sur les méthodologies, la conception innovante et de mettre en œuvre la pluridsciplinarité.

Les pratiques (professionnelles) du design d’interaction en France

Le designer numérique, un métier émergent

Longtemps préemptée par les ingénieurs, la conception des produits numériques a été d’abord centrée sur la technologie. Depuis quelques années, le designer numérique intervient pour « combler une partie du chemin entre des technologies et les usages ». Ce métier consiste en grande partie à s’inventer au fur et à mesure et à être « spécialiste de choses qu’on ne connaît pas encore ». C’est lui le moteur de l’innovation dite « non technologique » (innovation de produit, de services, d’usage, innovation sociale…).

Les compétences développées en France

En France, nous insistons beaucoup bien sûr sur la dimension théorique et conceptuelle du design d’interaction. La pratique française du design d’interaction s’appuie sur un imaginaire nourri et une proximité avec les sciences humaines. Par exemple, la sociologie des usages est entrée au programme de plusieurs écoles de design.

Beaucoup de projets développés dans les écoles sont par ailleurs de nature prospective. Constructeurs automobiles, entreprises de services ou grands industriels soumettent régulièrement leurs problématiques à Strate, à l’ENSCI ou à l’école de design de Nantes Atlantique.

Les pratiques françaises sont aussi en train d’évoluer : désormais, on intègre systématiquement le point de vue de l’utilisateur dans la conception. Le designer d’interaction est par ailleurs capable, au même titre que le designer industriel, de mener une recherche formelle pour faire aboutir ses propositions. Il y a beaucoup moins de focus placé sur les outils, davantage sur la pertinence de la démarche. La scénarisation des usages et le prototypage sont en train de devenir les clés de voûte de cette démarche. Cette nouvelle culture du prototype est en train d’infuser à tous les niveaux : dans les écoles, dans les agences de design et dans les studios de design intégrés. Elle concerne aussi bien les produits que les interfaces.

Le rayonnement de la France à l’international

D’après les retours que nous avons recueilli des agences françaises de design d’interaction, leur activité à l’international se développe de plus en plus. Ils s’estiment aussi bien relayés dans les publications dédiées au design et à l’innovation.

Depuis 2014, c’est essentiellement par la présence coordonnée de la France au CES de La Vegas que l’écosystème des start-ups se fait connaître. Le Label French Tech a ainsi été lancé par Fleur Pellerin. En 2016, Olivier Ezratti précisait que 256 sociétés françaises y étaient présentes, autant d’opportunités d’en valoriser l’innovation. Cette délégation a été distinguée par 41 awards.

L’APCI a régulièrement valorisé des acteurs du design d’interaction à l’international, à travers l’exposition itinérante de l’Observeur du design.

On pourrait regretter que dans la recherche académique et dans les conférences professionnelles, les français sont généralement peu représentés.

Une inconnue majeure : la dimension économique du design d’interaction en France

En tant que tel, le design d’interaction n’a jamais fait l’objet d’une étude de grande ampleur en France. Chaque année, *designers interactifs* réalise une enquête sur l’emploi et les salaires du design interactif, mais la représentation du design d’interaction est très limitée (6 % de la profession dans son ensemble pour 2017). En 2010, l’APCI a mené une étude sur l’économie design, où le design d’interface et interactif représente 9 % de l’activité des structures de design en France (contre 52 % pour le design produit).

Le chiffre d’affaires et l’impact économique

Dans le projet de livre blanc « Préparer la révolution de l’internet des objets », l’ARCEP note que :

« l’internet des objets détient un potentiel d’application très large, à même d’affecter positivement l’ensemble des secteurs de l’économie. En ce sens, l’internet des objets peut être considéré per se comme une nouvelle filière, transversale, elle-même génératrice de revenus et d’emplois », mais sans être plus précis.

Dans son compte-rendu de visite du CES de Las Vegas 2016, Olivier Ezratty cite GFK France qui évalue le marché total du numérique grand public à 15 Md€. Dans ce marché, la domotique représenterait 42 m€.

« Nest se serait vendu à 5 000 unités en France en 2015. […] Ce n’est pas encore Byzance ! La santé connectée ne représenterait qu’environ 10 m€ en 2015. Les drones ? Seulement 3,8m€ ! ».

Nous estimons le chiffre d’affaire des agences de design d’interaction en France à environ 15 à 20 millions d’euros.

Le nombre d’emplois

Il est très difficile d’avancer un chiffre du nombre de designers d’interaction en France. Dans l’ensemble du secteur du numérique, l’Observatoire des métiers du numérique du Syntec numérique, le nombre d’employés s’élève à 346 000.

Nous estimons à 300 environ en 2016, d’après le nombre de profils de designers d’interaction remontés dans LinkedIn. A titre de comparaison, le secteur du jeu vidéo emploie directement 18 597 personnes, d’après le Premier panorama économique des industries culturelles et créatives en France, publié par EY en 2013. L’APCI estime[2] le nombre de designers en France à environ 30 000, toutes disciplines confondues.

Les perspectives pour le design d’interaction en France

Les professionnels formulent beaucoup d’attentes pour que les grandes entreprises utilisent le design d’interaction de façon plus systématique. L’agilité des méthodes du design d’interaction attire de plus en plus les grands groupes, qui adoptent ces démarches (Orange, EDF). Depuis le milieu des années 2000, la France a acquis une expérience importante dans la conception et le prototypage de produits et de services numériques. Le marché a d’ailleurs dépassé un certain stade de sensibilisation au design d’interaction et les clients développent une exigence croissante. La transdisciplinarité des équipes qui interviennent sur des projets de design d’interaction est réelle, grâce à la grande qualité de notre enseignement. Ce sont des signaux encourageants. Pour le moyen et le long terme, il est difficile de déterminer la forme que va prendre le design d’interaction car les modèles anglo-saxons ne sont pas applicables en France, d’après Giuseppe Attoma. L’un des enjeux important pour le design d’interaction est sans nulle doute sa mise en réseau avec les acteurs internationaux. Il faudra y valoriser la capacité française à mettre en scène l’innovation dans des produits et des services reflétant une sensibilité et un savoir-faire technique et pas seulement une vision du « beau ».

 

[1] Jean-Louis Frechin, tribune publiée dans Les Échos du 8 décembre 2015.

[2] Etude sur l’économie du design en France, 2010.

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