Petite histoire illustrée du design interactif (1/6)

Actu7 novembre 2013

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1re partie : La naissance de l’informatique et des facteurs humains

On fait habituellement coïncider l’émergence des premières pratiques du design interactif avec l’invention de l’interface graphique au début des années 1970. Bien que cette invention soit en effet un des premiers gestes de design particulièrement visible dans l’histoire des interactions homme-machine, le design interactif s’inscrit dans un héritage plus ancien d’innovations par la technologie et par l’usage. Pour autant, l’histoire du design interactif ne se réduit pas à l’histoire de l’informatique, des inventions technologiques ou encore des grandes entreprises qui ont joué un rôle majeur dans sa naissance (IBM, Xerox, Apple, etc.). Elle est la conjonction d’un ensemble de facteurs technologiques, sociologiques et économiques qui ont conditionné sa maturation progressive. Ainsi, plusieurs stades se sont succédés, des premiers ordinateurs électroniques, où le souci des facteurs humains est relativement absent, en passant par les ordinateurs centralisés, puis l’informatique personnelle, jusqu’à l’ère « Post-PC », qui voit l’avènement d’une informatique ubiquitaire.

Les origines de l’ordinateur

Précédent les premiers ordinateurs électroniques, les calculateurs mécaniques sont imaginés au XVIIe siècle pour effectuer des opérations arithmétiques sans le recours à l’intelligence humaine (Pascale, 1642 et Leibniz, 1673).
Au XIXe siècle, Babbage, s’inspirant du métier Jacquard, invente un calculateur mécanique programmable qui fonctionne à la vapeur et avec des cartes perforées.
Dans les années 1930, les premiers ordinateurs analogiques sont envisagés comme des machines destinées à opérer des calculs complexes, avec pour principales applications la recherche scientifique et le domaine militaire.
En 1946, l’ENIAC (Electronic Numerical Integrator Analyser and Computer) est le premier ordinateur entièrement électronique. Suivi la même année de l’EDVAC (Electronic Discrete Variable Automatic Computer), puis de l’EDSAC (Electronic Delay Storage Automatic Calculator) en 1949, et de l’UNIVAC I (Universal Automatic Computer I) en 1951, l’ENIAC procède de la première génération d’ordinateurs dont la caractéristique principale est d’occuper un espace très important (jusqu’à 67 m2).

La miniaturisation, un des facteurs clés du développement de l’informatique

Une seconde génération d’ordinateurs se développe à partir de l’invention du transistor, en 1947, qui permet la miniaturisation des systèmes.
En 1951, Whirlwind est le premier ordinateur à afficher du texte et des graphismes sur un terminal vidéo circulaire.
La troisième génération d’ordinateurs, dont l’innovation technique majeure est le circuit intégré (inventé en 1958), marque le passage de l’usage de l’informatique à une plus grande échelle.
En 1971, Intel commercialise le premier microprocesseur, qui est, quant à lui, associé à la quatrième génération d’ordinateurs.
D’ordinateurs centraux, partagés entre de nombreux utilisateurs, on passe progressivement à des micro-ordinateurs, qui ouvrent la voie à l’ordinateur personnel, dont l’avènement se réalise à la fin des années 1970.

La prise en compte des facteurs humains, facilitateurs de l’interaction avec les ordinateurs

Avant la Seconde Guerre mondiale, la conception des ordinateurs et de leur interface ne comporte pas de démarche qui permette la prise en compte du point de vue de l’utilisateur. L’aviation militaire est la première à intégrer, dans l’activité de conception des systèmes de contrôle et d’affichage, les caractéristiques physiques et cognitives humaines. Il s’agit alors de faciliter l’interaction entre les machines et les pilotes et, en considérant leur capacité de décision, leur attention et la coordination de leurs mouvements.
Dans un second temps, l’ergonomie se déploie plus largement dans l’industrie, notamment dans les années 1960 pour l’informatique ou les produits et à partir des années 1970 pour les logiciels.
En cela, elle prépare le développement de l’étude des interactions homme-machine, qui s’opère au début des années 1980, comme le champ d’intersection entre, notamment, l’informatique et la psychologie cognitive.

L’hypertexte,  un procédé d’interface interactif en temps réel

Parallèlement à ces évolutions essentiellement technologiques, les concepts d’hypertexte et d’hypermédia modifient la façon d’envisager la lecture et le parcours dans l’information. En effet, ce procédé relie désormais les informations entre elles par un chemin de navigation non linéaire.
Vannevar Bush décrit en 1945, dans un article publié dans la revue The Atlantic, « As We May Think », un ordinateur fictif, le Memex. Cette vision, qui consiste en une bibliothèque hypermédia, prépare les fondations de l’hypertexte, dont le terme sera inventé par Ted Nelson en 1965.
Ted Nelson imagine, entre temps, en 1960, Xanadu, que l’on peut définir comme  un système d’information permettant le partage instantané et universel de données informatiques.
En 1967, HES (Hypertext Editing System) est un programme de recherche conduit par plusieurs étudiants de l’université de Brown, dont Ted Nelson. Il s’agit du premier système d’hypertexte sur un ordinateur IBM.
Douglas Engelbart donne une démonstration publique et fondatrice en 1968 du système NLS (On-Line System), développé au SRI à Stanford. NLS présente pour la première fois l’usage de l’hypertexte, de la souris et de la vidéoconférence. Cet événement restera ancré comme « The Mother of All Demos », une étape capitale dans l’avènement des interfaces destinées à « augmenter » l’intellect humain.

 

Partie 2 : L’évolution des interactions homme-machine, des cartes perforées à l’interface graphique à lire ici