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Le design d'interaction : hybrider des bits et des atomes
Le design d'interaction est une terminologie anglo-saxonne (interaction design), issue du design industriel.
By Benoît Drouillat Posted in Actualités on 11 juillet 2018 0 Comments 6 min read
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Le design d’interaction, pratique apparue au milieu des années 1980, trouve ses origines dans la nécessité de rapprocher design industriel et design d’interfaces logicielles. Bill Moggridge, qui en a imaginé le nom avec Bill Verplank, voit au départ en lui « l’équivalent du design industriel mais pour le logiciel ». Après les travaux des équipes du Xerox PARC sur les interfaces graphiques dans les années 1970, Bill Moggridge collabore avec GRiD Systems Corporation sur l’un des premiers ordinateurs portables, commercialisé en 1982, GRiD Compass. Ces travaux l’amènent à formaliser une démarche de conception combinant software et interface. Le résultat est designé en 1984 sous le nom de « soft-face ». Un peu plus tard, le terme « interaction design » (design d’interaction) est introduit. La pratique assemble des compétences de design d’information, de design graphique et de design industriel.

Design d’interaction décrit alors l’articulation entre la composante numérique (software) des produits informatisés et leur composante matérielle (hardware). Ainsi, Moggridge puise autant ses références dans le design d’interface que le design industriel, dont le design d’interaction propose, en quelque sorte, une hybridation adaptée aux besoins de production des objets numériques. Pour lui, selon la phrase célèbre

« les designers de produits issus des technologies numériques ne considèrent plus leur travail comme consistant à faire le design d’un objet physique — beau ou utile — mais comme consistant à faire le design des interactions avec lui. »

On pourrait le définir aujourd’hui comme la conception du dialogue interactif entre des produits numériques et les personnes. Gillian Crampton-Smith, enseignante précurseur dans le domaine, le résume par une formule simple : « il donne forme à notre quotidien à travers des produits digitaux — pour travailler, pour jouer et pour se divertir ».

Une autre voie à la surenchère développée autour de l’UX

L’expérience utilisateur (UX), l’innovation, la transformation digitale sont tombées, en tant que buzz words et tendances, dans une surenchère périlleuse. Elles offrent une perception brouillée de la véritable réalité des pratiques de design, en effaçant au passage les signaux faibles qui balisent les orientations alternatives proposées par le design d’interaction. L’omniprésence du design d’expérience utilisateur dans les discours a éclipsé d’autres pratiques de design complémentaires pour offrir une image en apparence unifiée de la profession. La confusion terminologique, qui place au même plan toutes les notions, accentue cet écueil. L’aboutissement, c’est qu’en France, l’UX renvoie davantage à l’industrie de la communication digitale qu’à la « nouvelle industrie » qui se dessine avec les usages du numérique. Ce n’est pas son sens historique ni l’intention originelle de Donald Norman, lorsqu’il popularisa l’expression.

Dans une certaine mesure aussi, le design d’interaction se confond — de façon moins contestable mais néanmoins stéréotypée — avec le design des produits électroniques et des objets connectés. Ces derniers ne sont qu’un aspect du design d’interaction. Si son périmètre est beaucoup plus vaste, il faut pour autant reconnaître que les frontières entre le design d’interaction et les pratiques de design connexes — UX, architecture de l’information, web design, etc. — sont très poreuses.

Une démarche de création originale

Mener un projet de design, c’est souvent travailler sur l’orchestration de plusieurs compétences de design et c’est donc rarement mener une activité unique. Une démarche et des outils communs sont évidemment en jeu. Les acteurs du design numérique français insistent par ailleurs sur le fait qu’avant d’être appliquée au numérique, leur démarche est celle d’une démarche de design centrée sur l’utilisateur.

Là où le design numérique se distingue, c’est notamment par

— une mise en œuvre de processus d’innovation plus légers

— des méthodes de fabrication nouvelles (Impression 3D, FabLab, Arduino etc.)

— la capacité à faire converger produits et services

— un résultat final qui hybride la matière physique et numérique

Une très grande diversité de facteurs de formes

La réalité du design d’interaction est infiniment plus nuancée et riche que la perception qu’elle offre médiatiquement : interfaces industrielles, dispositifs scénographiques numériques, environnements interactifs, robots… Sans compter les développements nouveaux offerts par les robots mous (soft robots), la réalité virtuelle, l’informatique vestimentaire ou encore les assistants intelligents et leurs interfaces vocales.

Les formes que peut revêtir un projet de design d’interaction sont multiples et porteurs d’enjeux spécifiques. Pendant longtemps le design d’interaction a été tributaire d’une perception erronée qui consistait à réduire son champ d’application aux interfaces graphiques. Mais avec l’avènement de l’ère post-PC, d’autres supports d’interactions sont entrés en jeu, dans lesquels la matière numérique (le software) s’hybride avec la matière physique (le hardware). En France, cette hybridation est par exemple très bien traduite par les travaux de Volumique, un « studio d’invention, de conception et de développement de nouveaux types de livres, de jeux et de jouets, basés sur la mise en relation du tangible et du numérique ».

Le design d’interaction décrit l’articulation entre la composante numérique (software) des dispositifs informatisés et leur composante matérielle (hardware). C’est une pratique encore jeune, qui soulève de nombreux défis, tant dans la conception, la fabrication que dans ses aspects éthiques. La responsabilité du design d’interaction doit en effet à la fois s’exercer sur la qualité des objets eux-mêmes et sur la démarche dans laquelle ils s’inscrivent. C’est le souhait formulé par des designers éclairés, « au profit de propositions humanistes, centrées sur les gens et le progrès social » (Jean-Louis Fréchin).


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